Compte Rendu de la conférence de presse du Mardi 8 juin 2021 

Musée d’Histoire Maritime

La Ville de Saint-Malo a défini comme un objectif stratégique majeur la mise en valeur de son patrimoine. Dans ce cadre, elle a souhaité valoriser ses richesses maritimes anciennes et contemporaines en choisissant de se doter d'un Musée d'Histoire Maritime ambitieux.


Construit en bord à quai du bassin Duguay-Trouin, sur le site des anciens silos, quai de Terre Neuve, le bâtiment, choisi au terme d'un concours de maitrise d'œuvre, se développait initialement sur 7 niveaux, offrant un belvédère avec une vue panoramique sur Intra-Muros et sur la mer. L'édifice, qui culmine à 35 m, a la particularité d'être composé de 3 volumes superposés, décalés en encorbellement sur ses façades Sud et ouest.


Ce Musée doit abriter une exposition permanente de 2 100 m2 sur les 3 niveaux supérieurs, 1exposition temporaire de 640 m2 sur le niveau 3, des espaces d'accueil et service au public, de médiation ainsi que de gestion, administration et logistique sur les 2 premiers niveaux. L'ensemble est complété par un espace restauration de 180 m2 environ.

 

La consultation que nous avons relancée dès notre élection et qui s’est terminée début avril 2021 concerne uniquement la construction du bâtiment, la muséographie faisant l'objet d'une autre procédure.

1. Historique de la phase conception et évolution des coûts
Le Conseil Municipal a approuvé le 2 février 2017 l'engagement du projet et le lancement du concours de maîtrise d'œuvre. Par une nouvelle délibération du 18 mai 2017, le Conseil Municipal a validé le Programme Technique Détaillé et opté pour un double concours de maîtrise d'œuvre permettant de retenir :  

  • une équipe de maîtrise d'œuvre pour la construction du bâtiment,

  • une équipe pour la muséographie. 


Le cabinet KENGO KUMA, classé ex aequo avec l'équipe BAROZZI VEIGA par le Jury du concours, a été retenu pour assurer la maîtrise d'œuvre pour la construction du bâtiment au terme d'une phase de négociation. La Commission d'Appel d'Offre réunie le 22 février 2018 a ainsi décidé de lui attribuer ce marché sur la base d'un coût d'objectif de 12 750 000 € HT.


Lors de la phase d'étude, et avant de lancer les consultations, le projet a été optimisé pour respecter le coût prévisionnel des travaux. Le bâtiment a ainsi perdu, par rapport à l'esquisse du concours un niveau, et la surface utile est passée de 4 805 m2 à 4 440 m2.
A l’issue de la dernière phase d’études (APD – Avant-Projet Détaillé), le projet a été validé le 21 juin 2019 pour un coût d'objectif définitif de

14 450 500 € HT.


Pour rappel, le coût d'objectif devient définitif lors de cette validation, même si celui-ci est assorti d'un taux de tolérance de 3%. La consultation d'entreprises est donc lancée sur la base de ce coût, le résultat final devant rester dans les limites de cette tolérance. Ainsi le coût final ne devait pas excéder les 14 900 000 €.


2. Historique des consultations


La Ville de Saint-Malo a lancé un premier Appel d'Offres le 12 novembre 2019. A l'issue de cette consultation 2 lots étaient infructueux dont le lot n°3 (Clos – Couvert), majeur pour la construction du futur bâtiment et de nombreux lots dépassaient l'estimation du maître d'œuvre et notamment le lot n°2 Fondations Profondes / gros œuvre / Charpentes à plus de 46% au-dessus de celle-ci pour un surcoût de plus 1,8 M€.


Le total des offres les moins distantes, associées aux estimations des lots infructueux, s'établissait à 18 322 216 € HT soit un dépassement de plus de 22 % du coût d’objectif de la maîtrise d’œuvre.


Sous l’ancienne majorité, le pouvoir adjudicateur, prenant acte de ce surcoût et tenant compte d'un faible niveau de réponse des entreprises, a pris la décision de déclarer la consultation sans suite en Janvier 2020.


Après avoir modifié les dossiers de consultations notamment en fusionnant les lots gros œuvre et clos-couvert et constituant ainsi un macro-lot, un nouvel Appel d'Offres a été lancé le 4 mars 2020. Cependant, en raison de la déclaration de l'état d'urgence sanitaire pour faire face à l'épidémie de Covid-19 et de ses conséquences, le pouvoir adjudicateur, toujours sous l’ancienne majorité, a décidé, pour la seconde fois, de déclarer la procédure sans suite.


Notre majorité, élue en juillet 2020, a, dès son élection affirmé sa volonté de poursuivre ce projet de construction et a relancé un 3ème appel d'offres sans aucune modification du projet validé. Cette consultation a été relancée dès le 23 octobre 2020, toujours sous forme d'Appel d'Offres Ouvert Européen, avec une remise des offres fixée au 2 avril 2021.

3. Résultat de la consultation


185 entreprises ont téléchargé le Dossier de Consultation (DCE) et 40 offres ont été remises dans le délai.

 

Pour rappel, le montant du coût d’objectif retenu après validation de l'APD était de 14 450 500 € HT valeur juin 2019 et aucune modification de programme ou de l’ouvrage n’est intervenue depuis.


Le Maître d’œuvre a souligné le grand intérêt manifesté par les entreprises qui ont étudié de manière très sérieuse les offres, proposant même des variantes d’optimisation technique et financière du projet.

 

Après analyse des offres, le coût estimatif des travaux s'élève aujourd'hui à 21 148 523 € HT. Cela correspond à une augmentation de l'ordre de 46 % par rapport au coût d’objectif de 14 450 500 € HT proposé par le maître d’œuvre et validé par la Maîtrise d’ouvrage en 2019.


La Commission d’Appel d’Offres, réunie le 4 juin 2021 en présence de la maîtrise d’œuvre pour analyser les résultats de cette consultation, a décidé :

  • de déclarer les offres du lot 2 (fondation, gros œuvre, clos/couvert) non recevables d’un point de vue financier, dépassant de 33 % l’estimation du maître d’œuvre, et en conséquence de déclarer ce lot n°2 infructueux,

  • de proposer au pouvoir adjudicateur de déclarer les autres lots sans suite au motif qu'ils ne peuvent pas être attribués sans le lot n° 2, structurant pour la construction du bâtiment.


4. Les conséquences de cette consultation


Pour la seconde fois, je pourrai dire la troisième si on compte la consultation lancée le 4 mars 2020 mais stoppée en raison de la crise sanitaire, la consultation effectuée en vue de construire le Musée d’Histoire Maritime tel que le programme initial le prévoyait s'avère infructueuse.
 

Le cabinet d’architecte Kengo Kuma a lui-même précisé lors d’un échange avec les services de la Mairie que le projet, même modifié, ne rentrerait pas dans le coût d’objectif, et que le montant obtenu lors de cette consultation représentait le coût optimisé que pouvait espérer la
collectivité.

 

L’équipe de maîtrise d’œuvre semblant ne pas être en capacité de proposer un projet qui respecte le programme et le coût d’objectif proposé à l’avant-projet détaillé (APD), la Ville de Saint-Malo en tire toutes les conclusions et n’envisage pas de poursuivre ce projet avec le cabinet d’architecture Kengo Kuma.
 

En effet, même si ce projet lauréat du concours de maîtrise d’œuvre est résolument ambitieux, la Ville de Saint-Malo ne peut pas se permettre d’augmenter de manière substantielle le budget qui lui est alloué.


Afin d'avoir une lecture plus précise de la faisabilité de ce projet, au regard de ses capacités financières, la Ville de Saint-Malo a demandé un accompagnement de la DRFIP (Direction Régionale des Finances Publiques) pour réaliser une analyse prospective financière sur les 5 années à venir du budget communal. Il ressort de cette analyse que « les répercussions financières de la prise en compte du projet de Musée seraient globalement significatives sur les équilibres financiers de la collectivité qui devrait recourir massivement aux emprunts dans le financement du projet. Ces recours importants et continus provoqueraient notamment des incidences sur la capacité de désendettement ou encore sur la capacité d’autofinancement nette du fait de la prise en compte de ces nouveaux remboursements en capital des dettes ».

 

En conclusion, la DRFIP déconseille à la Ville de se lancer dans le projet de Musée d’Histoire Maritime en l’état avec un coût d’objectif de 22 M€ pour le seul bâtiment, soit un coût global dépassant les 45 millions d’euros si on y ajoute la muséographie, les réserves ainsi que tous les mobiliers, matériels et soft pour la muséographie.

 

Pour autant la Ville de Saint-Malo ne peut pas rester sans Musée et si le projet en l’état est abandonné, le Maire a d'ores et déjà mobilisé son équipe et les services municipaux pour mener une nouvelle réflexion permettant de conserver un projet ambitieux, tout en veillant à maîtriser le budget de la Ville. Ce nouveau projet se fera en lien très étroit avec les services de l’Etat et notamment la DRAC qui s’est déjà bien investie sur le Musée d’Histoire Maritime mais également avec la Région et le Département, les deux autres partenaires majeurs de ce projet.

 

Je n’oublie pas l’association des Amis du Musée d’Histoire Maritime qui s’est particulièrement investie et dont je ne doute pas de la déception à l’annonce de cette décision. Je formule le souhait que l’ensemble des membres de cette association puisse poursuivre leurs activités et nous soutenir ainsi dans la réalisation de ce nouveau projet.